Articles passés

L'INVESTI-GATEUR

Journal en ligne du CIRQC

Quand tes placements nuisent à la planète (Partie 1).

 

 

 

 

Contrairement à la croyance populaire, investir en bourse n’est pas l’apanage d’un castre confiné aux beaux quartiers. Il ne s’agit pas non plus d’un jeu sur lequel le citoyen lambda n’a aucune incidence.  En fait, il suffit de jeter un coup d’oeil sur l'actualité des dernières années et sur le contenu de nos placements pour constater que nous sommes tous un peu acteurs des marchés. Or, alors que les québécois se targuent  de faire figure de champions en matière de responsabilité sociale des entreprises et d'environnement, comment expliquer le désintérêt de ces mêmes québécois pour la finance à partir du moment où l'on constate la mainmise des marchés sur le futur de nos collectivités? Pour vous aider à saisir les répercussions qu’a cette insouciance sur le bien-être de notre société, nous avons décidé de lancer une série avec pour objectif de relater les principales problématiques auxquelles contribuent de façon substantielle les choix de placement des citoyens et des grands fonds de pension comme la Caisse de dépôt qui agissent en leur nom. Dans le cadre de cette première édition, nous avons opté pour des enjeux qu'ont à coeur plusieurs québécois et qui ont fait couler beaucoup d'encre au fil des ans; celui de la pollution et de l'environnement, à travers l'analyse de 3 secteurs prépondérents de l'économie canadienne.  

 

Part 1 - Pollution & l'environnement

 

SECTEUR AUTOMOBILE

 

 

En février dernier, nous apprenions que plusieurs géants de l'automobile militaient ardemment en faveur d'une abolition des mesures anti-pollution mise en place par l'administration Obama, sous prétexte que ces dernières imposeraient un fardeau indu de 200 milliards à l'industrie et à ses actionnaires. Un mois plus tard,  c'était sans grande surprise que nous réalisions que l'inépuisable quête de profitabilité accrues des grands groupes cotés en bourse allait encore une fois nous coûter cher collectivement, alors que l'administration Trump annoncait la fin des mesures mise en place par Obama pour limiter la pollution des voitures.

 

Pour justifier leur doléance, les grands groupes automobile ont fait, entre autres, allusion au retour en vogue des 4x4 et pick-up auprès des consommateurs et à la difficulté que représenteraient la diminution d'émissions de tels véhicules. Or, même si l'on pouvait s'attendre à ce que des investisseurs institutionnels locaux détiennent d'importantes parts dans ses compagnies pollueuses, comment expliquer que les québécois qui se targuent de faire figure de champions en matière d'environnement  continuent à faire des camions leurs voitures de prédilection toute l'ampleur de ces problématiques. Ceci est d'autant plus déplorable que plusieurs de nos palliers gouvernementaux ont investi dans les mêmes grands constructeurs automobiles qui ont fait pression sur l'administration Trump pour venir à bout de mesures qui contriburaient pourtant à améliorer la qualité de ce que nous avons communément de plus précieux, en l'occurrence l'air que nous respirons.

 

Même si une lueur d'espoir voit le jour à travers la popularité croissante des véhicules électriques de Tesla, nos recherches nous ont démontré que le fabricant de voitures californien est toujours absent de la liste des titres les plus détenus par nos plus grands fonds d'investissement québécois. Ceci est d'autant plus dommage que l'action de Tesla, dont notre club est actionnaire, affiche un excellent retour de 50% depuis janvier 2017.

 

SECTEUR MINIER

 

Historiquement parlant, le secteur minier a toujours fait polémique. Ne suffit qu'à penser aux luttes qu'il a suscité telles que  le bataille contre le travail des enfants ou celle en faveur du droit d'association des travailleurs.

 

Lorsqu'on sait que 25% des projets miniers se situent au Canada, c'est donc sans grande surprise qu'on constate la très grande présence des fonds canadiens au sein du capital de ces firmes. Cependant, ce qu'il faut retenir c'est qu'en confiant une partie de nos épargnes à ces investisseurs institutionels, nous contribuons malgré nous à encourager un secteur dont le bilan environnemental est peu reluisant.

 

Les nombreux exemples de litiges qui ont opposé les corporations cotées en bourse qui oeuvrent dans l'exploitation de minerai et les différentes parties prenantes de la société qui subissent leurs actions se sont en effet multipliés au fil des ans. En plus d'exposer les épargnants à d'importants risques, cela rend à notre avis presque impossible la présence de tout titre du secteur au sein d'un portfolio responsable digne de ce nom. Parmi les plus récentes manifestations de cette discorde, il y a le cas de Copper One qui s’est dernièrement vu retirer son permis d’exploitation suite à l'opposition des Premières Nations  environnantes et celui de Strateco qui dénonce le moratoire en matière d'exploration et d'exploitation d'Uranium imposé par Québec pour cause d'innaceptablité sociale. Fait important à noter, ces deux firmes ont entamé des démarches judiciaires contre les décideurs québécois suite à l'effondrement du cour de leurs actions.

 

 

 

SECTEUR DE L'ÉNERGIE

 

 

Pour atteindre l'objectif qui consiste à contenir la hausse de température à moins de 2% du niveau de 1990 tel que l'entend l'accord de Paris, 80% des réserves de pétrole devront rester sous terre. Or, même si plusieurs des acteurs du secteur des énergies fossiles se sont encore prononcés en faveur de cette entente historique et de la lutte aux changements climatiques suite au retrait de l'administration Trump, n'en demeure que ces derniers semblent peu enclin à revoir leurs pratiques en ce qui a trait à la protection de l'environnement.

 

Avec les 369 compagnies pétrolières ou gazières qui sont cotées à la bourse de Toronto, et ce pour une valeur totale de 376 milliards, soit 20% de la capitalisation boursière du principal indice boursier au pays, malins sont ces gestionnaires de fonds canadiens qui réusissent à éviter le secteur. Cela explique en partie la raison pour laquelle plusieurs véhicules d'investissement soi disant responsable inclue des compagnies qui oeuvrent dans les hydrocarbures sous prétexte qu'il est impossible d'être réellement diversifié sans investir ces industries et qu'il est préférable d'encourager les meilleurs acteurs du secteur en intégrant l'actionnariat des ces derniers.

 

Au courant des dernières années, toute la polémique entourant l’exploitation des hydrocarbures tel que représenté par le débat sur l'exploitation gas de schiste et  l'exploration de l’île d’Anticosti illustre bien le schisme qui subsiste entre une partie considérable des citoyens et les grands intérêts financiers pour qui ces enjeux sont secondaires vis-à-vis cette sacro-sainte création de richesse qui semble pourtant à première vue ne bénéficier qu’à une infime minorité. Tout comme les exemples du secteur minier cités plus haut, la chute du titre des chouchous de la finance québécoise que représentaient des firmes comme Pétrolia et Gaspésia s'est avérée très coûteuse pour plusieurs investisseurs québécois.

 

Le désinvestissement du secteur pétrolier de plusieurs investisseurs institutionnels parmi lesquels on peut compter en autres certaines universités et les fonds de la famille Rockefeller ainsi que le précédent créé par les actionnaires d’ Exxon Mobil qui, dans le cadre d’un vote à 62% forcèrent le géant pétrolier à divulguer annuellement les effets de ses activités sur les changements climatiques, nous permettent toutefois de demeurer optimistiques. Dans le cas d’Exxon, l'offensive est d’autant plus significative qu’elle fût menée par certains des plus influents acteurs de la haute finance américaine (Blackrock, Vanguard et State Firm). Ces derniers à la surprise générale ont  démontré lors de la dernière assemblée annuelle du groupe qu’il est possible pour les actionnaires de forcer la main des dirigeants d’entreprises en matière de responsabilité sociale d’où l’importance pour les épargnants qui on a coeur la RSE de se faire entendre auprès de leur gestionnaire de fonds. Cela est d'autant plus nécessaires que la Caisse de dépôt et de placement du Québec détient encore 16 milliards d'actifs dans les énergies fossiles, malgré une chute des cours de ces ressources qui aurait du servir d'avertissement au prétendu bas de laine des québécois.

 

 

 

 

 

 

 



 

Please reload