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L'INVESTI-GATEUR

Journal en ligne du CIRQC

Bali: de paradis à dépotoir à ciel ouvert

July 21, 2017

 

Après la sortie du film Eat Pray Love, Bali a été propulsé au rang de principales destinations pour tout voyageur en quête de paix, d'aventure ou d'un endroit original où célébrer ses noces. Mon voyage à Bali, lui, avait un objectif quelque peu différent, mais néanmoins très inspirant: une escapade mi-détente, mi-humanitaire, en solo, par l’intermédiaire d’un organisme international de bénévolat appelé IVHQ, qui relie ses participants à d'autres organisations partenaires qui fournissent à des touristes de nombreux programmes immersifs de bénévolat et d'exploration parmi tout un choix de destinations.

 

Au cours de ma première semaine à Bali, j'ai participé à des activités dans le but de découvrir la culture de l'île. Après avoir atterri à l'aéroport de Denpasar, un conducteur désigné par le programme m'a emmené à Ubud, une ville centrale de Bali, où j'ai logé dans une chambre de style dortoir au sein d'une grande maison de vacances balinaise typique que nous avons partagé avec des habitants. L'hébergement était simple et rustique, et j'aimais beaucoup l’aspect modeste qu'il offrait. D'ailleurs, j’aimerais mettre une emphase particulière sur nos hôtes et leurs efforts titanesques pour nous préparer de délicieux repas adaptés aux goûts occidentaux, craignant que leur propre nourriture locale ne nous satisfasse. Pour cette raison, mon groupe et moi sommes souvent allés chercher des plats balinais au cœur d'un Ubud qui regorge de restaurants. Bali est également connu pour ses luxueux spas. Assurez-vous de vous arrêter pour un massage complet du corps et un bain chaud, tout cela pour le coût d'un billet de cinéma.

 

Une autre façon de se détendre est de passer par l'une des classes de yoga offertes dans les différents centres de l'île. Celle à laquelle j'ai assisté au centre ''Intuitive Flow Yoga'' à Ubud tout en regardant le lever du soleil  fut l'un des meilleurs moments de mon voyage. 

 

 

 

Ubud est une ville très touristique. Ceci étant dit, les locaux sont parmi les plus chaleureux et les plus généreux que j'ai rencontré à ce jour. Même si vous ne parlez pas la langue, ils feront tout leur possible pour vous aider et vous proposeront même un tour en scooter pour une modique somme si jamais vous êtes perdus lors d'une excursion hors des sentiers plus ''mainstream''. Tout ce dont vous avez besoin est de garder un esprit ouvert et d'être poli pour que cette même énergie vous soit retournée. Comme l'a enseigné la coordinatrice du programme, Dwik, une fille de 18 ans des plus joviale, le respect mutuel et l'hospitalité sont des valeurs fondamentales dans la culture balinaise.

 

Mon voyage a bien évidemment aussi été marqué par des moments plus éprouvants. Le premier fut dans le cadre d'une visite au parc des singes. Ces petites bêtes parfois féroces et souvent affamées peuvent se montrer assez insistantes ce qui peu devenir rapidement très agaçant. L'escalade d'un volcan  abrupt fut également tout défi mais aura au moins eu le mérite de se solder par une vue au  lever de soleil tout simplement spectaculaire. 

 

La fin de la semaine venue, quelques amis et moi avons embauché un chauffeur de taxi qui nous a emmené à Seminyak, Kuta et Nusa Dua. Ces villes côtières sont connues pour leurs belles stations balnéaires et leur scène festive - Un moyen idéal de terminer ma première semaine à Bali.  

 

Au cours de notre deuxième semaine, le temps était venu de découvrir le côté un peu moins glamour de Bali. L'île de Nusa Penida, un territoire privé, essentiellement réservé à des fins touristiques. Cela constituait un contraste considérable avec l'île principale de Bali, qui me semblait elle représenter une certaine balance entre décor bucolique dépaysant et repères occidentaux familiers.

 

Notre maison d'hôtes était à seulement 3 minutes du port. De l'autre côté de la rue se trouvait une forêt de palmiers où se situait le centre de conservation des tortues. Lorsque nous avons traversé les bois et nous sommes approchés de la plage, j'ai remarqué des tas d'ordures éparpillées partout. Il ne m'a pas fallu longtemps pour me rendre compte que tout le terrain inoccupé pouvait être utilisé comme décharge d'ordures. Sous les palmiers hauts et majestueux, nous trouvions, entre autres, des bouteilles d'eau, des emballages en plastique vides, des ustensiles, des bascules et des couches. En fait, les poubelles s'étendaient sur toute la côte ouest de la petite île qui elle est inondée tous les jours par de nouvelles charges d'ordures apportées par les vagues de Bali. En Indonésie, la gestion des déchets est encore très déficiante et le gouvernement ne fait rien pour améliorer la situation. Selon le coordonnateur de mon programme, Jeff, les camions de prélèvement de déchets sont programmés pour fonctionner de façon hebdomadaire, mais peu de gens prennent le temps de trier leurs ordures ménagères pour le ramassage. Des ordures sont répandues dans les arrière-cours des gens, ou sont parfois empilées dans des allées désertes. Tel que vous pouvez le constater dans l'image ci-dessous, les touristes de Bali ont déjà dénoncé ce phénomène auparavant, et il existe un consensus public selon lequel l'augmentation des activités touristiques et le manque d'éducation et de réglementations du gouvernement sont les principaux facteurs qui contribuent au problème. Malgré tous les efforts, les déchets sont encore largement ignorés comme une composante nuisible de la vie quotidienne qui endommage l'écosystème et menace la beauté des plages de Bali. Bien que les générations plus âgées semblent toujours insensibles aux dangers que représentent déchets et pollution, les jeunes eux sont plus sensibiliser à ces enjeux. En effet, IVHQ offre un programme d’ « Éducation environnementale » afin que les bénévoles puissent présenter aux enfants locaux les problèmatiques environnementales et la façon dont ces dernières ont une incidence sur leur vie quotidienne.

 

Photo: Tim Hain

 

Mis à part l'alimentation et la prise en charge des tortues sauvées, notre groupe de bénévoles a également effectué des séances de ramassage de déchets sur la plage. Nous avons rempli environ 10 sacs de déchets lors de nos corvées du matin. De toute évidence, cette pratique ne s'attaque pas à la source du problème. À mon humble avis, je crois qu'il revient d'abord aux populations locales et au gouvernement balinien de modifier leur attitude face à la gestion des déchets et de proposer des solutions tangibles qui passeront probablement par un changement des moeurs et une innovation accrue. 

 

Grâce à IVHQ, mon séjour à Bali a été rempli de souvenirs mémorables. C'était une occasion parfaite de créer des liens qui dépassent les frontières nationales et de rencontrer des personnes partageant les mêmes valeurs. Alors que je suis reconnaissante pour l'expérience de guérison de l'âme que cette île paisible m'a offert, je m'attendais à ce que mon bénévolat ait plus d'impact. Malheureusement, beaucoup d'entre nous ont éprouvé un sentiment d’impuissance face au système socio-économique qui sévit aujourd'hui à Bali et au manque d’infrastructures flagrant. Bref, le programme de bénévolat a  définitivement été enrichissant pour tous les bénévoles, mais quelques améliorations pourraient être apportées pour maximiser la portée de nos efforts. Encore trop de complaisance vis-a-vis le statu quo, tandis que Bali, elle, continue d'être inondée par des millions de touristes à l'année longue, aggravant ainsi le problème des déchets. En ce qui concerne le gouvernement fédéral et les médias, beaucoup d'attention est focaliser encore sur l'enjeu de la déforestation qui constitue elle aussi un énorme fléau pour les populations. La survie de la forêt tropicale et des espèces animales qui en dépend est ainsi placée en second plan pour laisser place aux intérêts des politiciens indonésiens qui sont corrompus par les pots-de-vins provenant des compagnies étrangères de production d’huile de palme. Ceci étant dit, je demeure convaincu que ce peuple souriant saura se forger un chemin vers un avenir plus responsable, équitable et durable..... pourvu que les touristes que nous sommes fassent aussi leur part. 

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