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L'INVESTI-GATEUR

Journal en ligne du CIRQC

Devrait-on continuer de subventionner le diesel au Canada?

July 21, 2017

 

Suite à la publication du budget fédéral de 2017, on peut observer un changement de direction assuré par le gouvernement dans ses ambitions de construire une classe moyenne plus forte, d'améliorer l’accès aux logements abordables, de soutenir l'équité entre les sexes et d'améliorer l'infrastructure et la santé des peuples autochtones du Canada. 

 

Jetez un coup d'œil aux objectifs du budget et vous verrez également que le gouvernement encourage les investissements massifs dans la mise à niveau du système d'eau vieillissant, le développement de technologies propres et la mise en œuvre d'un plan d'action national répondant aux risques liés au changement climatique. Il comprend également un montant imminent de 2 milliards de dollars sur cinq ans pour développer le Fonds pour une économie à faibles émissions de carbone. Il favorisera les mesures provinciales et territoriales qui réduiront les émissions de gaz à effet de serre afin de s'assurer que le Canada atteingne son objectif pour 2030. 

 

Si ces ambitions sont authentiques, le Canada a beaucoup de rattrapage à faire par rapport à ses homologues de l'OCDE après des années de retard dans nos efforts pour lutter contre le changement climatique. Le gouvernement a prévu d’apporter des investissements historiques dans les infrastructures vertes, le transport en commun et les technologies et l'innovation vertes. Cependant, il semble y avoir un sujet manquant dans l'ensemble de la discussion sur le budget fédéral, que nous aimerions porter à votre attention: le différentiel de taxe diesel-essence.

 

Pour le consommateur régulier, le diesel est un carburant moins cher et plus efficace et sa consommation est encore largement soutenue au Canada par un différentiel de taxe diesel-essence au niveau provincial et fédéral. Bien que notre gouvernement fédéral ait prescrit la tarification du carbone pour toutes les provinces d'ici 2018, le Canada encourage toujours néanmoins la consommation de diesel avec un fossé entre la taxe diesel-essence imposant en moyenne une taxe d'accise d'environ 4 ¢ par litre de diesel utilisé, contre 10 ¢ pour l'essence. Ne devrait-on pas uniquement imposer des rabais sur des sources d'énergie plus innovantes et plus écologiques si le gouvernement souhaite fonctionner selon le plan de transition énergétique? L'optimisation de l'efficacité énergétique ne devient qu'une approche plus puissante lorsqu'elle est combinée à une politique efficace.

 

Selon le gouvernement du Canada, le secteur des transports représentait 23% des émissions nationales totales de gaz à effet de serre en 2014. Alors que le secteur du pétrole et du gaz, très litigieux, a été bien examiné, la dépendance de notre économie à l'égard des carburants diesel reste négligée, pour ne pas dire encouragée. Si le Canada est intègre quant à son engagement envers l'Accord de Paris, il ne devrait pas continuer de subventionner le diesel, qui est actuellement taxé à un taux inférieur par rapport à l'essence et promu comme carburant économe en énergie. Plusieurs études montrent que le diesel n'est pas moins nocif que l'essence et que notre gouvernement pourrait en effet bénéficier d’une taxation du diesel plus sévère.

 

Encore aujourd'hui, le diesel est le choix numéro 1 de carburant pour le transport longue distance, généralement par camions. Les camions sont la principale source de transport pour transporter les charges utiles des points de ramassage des chemins de fer vers les collectivités émergées du Canada. Depuis 1990, les émissions de fret ont augmenté de 86%, y compris une augmentation de 132% par rapport aux camions de marchandises spécifiquement. La croissance économique et démographique que nous avons connue au cours de cette période a joué un rôle important dans le renforcement du niveau national d'émissions de GES.

 

Un fait qui est moins connu des propriétaires de camions est que, après avoir comptabilisé le CO2 et d'autres polluants atmosphériques tels que le méthane et les émissions d'oxyde nitreux, 1L de carburant diesel produit 15,5% de plus d'émissions de GES que l'essence. De nombreuses études démontrent que la performance environnementale du diesel est pire que l'essence et n'est pas plus sécuritaire pour notre santé que son homologue.

 

 

Pendant ce temps, nos homologues de l'Europe du Nord et du Royaume-Uni ont déjà commencé à prendre des mesures pour éliminer progressivement la subvention au diesel. La "France en Marche" sous le régime du nouveau président francais Macron a récemment dévoilé son objectif de cesser la vente de véhicules à essence et diesel pour 2040. Il semble juste pour le Canada de faire preuve de pertinence si, en tant que pays, nous voulons atteindre nos objectifs de GES, et transitionnons avec succès vers une énergie plus propre qui nous permettra de générer des revenus supplémentaires pour soutenir les dépenses nécessaires des plans de restructuration des libéraux.

 

Heureusement, les règlements existants au Canada exigent que les camions à longue distance soient régulièrement renouvelés afin d’en améliorer l'efficacité, mais cela ne suffit pas. De toute évidence, il y a une raison pour laquelle, de 1990 à 2014, les émissions des voitures ont diminué de 30%, tandis que les émissions des camions légers (y compris les camions, les fourgonnettes et les véhicules utilitaires sport) ont augmenté de 123%. Depuis 1990, l'augmentation du nombre de camions légers a été plus que trois fois supérieure à l'augmentation du nombre total de petits véhicules routiers. Cela montre que l'amélioration continue de l'efficacité énergétique n'est pas suffisante pour compenser l'augmentation des émissions.

 

Afin de réduire la dépendance à l'égard du diesel dans les collectivités autochtones et nordiques, le budget 2017 alloue 21,4 millions de dollars (sur plus de quatre ans, à compter de 2018-19) aux Affaires autochtones et du Nord Canada pour poursuivre une 'Approche responsable pour le développement énergétique des collectivités du Nord'. D'autres mesures seront prises pour lutter contre la sécurité énergétique dans les collectivités du Nord, afin de réduire le recours aux carburants diesel des régions rurales et éloignées des provinces et d'encourager l'utilisation de ressources renouvelables et de solutions durables.

 

Un montant de 17,2 millions de dollars (sur plus de cinq ans, à compter de 2017-18), sera fourni à Environnement et Changement climatique Canada et à Transports Canada pour «élaborer et mettre en place des règlements sur la modernisation des véhicules lourds et hors route, ainsi qu'une norme sur le carburant propre Réduire les émissions des carburants utilisés dans les secteurs du transport, de la construction et de l'industrie ".

 

Le budget fédéral de 2017 a réussi à planifier et à promouvoir le développement de technologies propres innovantes et le passage à des sources d'énergie durables. En plus de s'éloigner de l'utilisation du diesel, le gouvernement devrait inciter à fermer le fossé entre la taxe sur le diesel et l'essence. Maintenant, l'histoire ne se termine pas simplement par une hausse des impôts dans le diesel. Idéalement, après l'harmonisation du prix du carburant et de l'essence, l'industrie du camionnage sera obligée de se tourner vers d'autres options de minimisation des coûts, car la dépendance au diesel entraînera probablement une hausse des taxes. Cela signifie que si nous attendons l'introduction de camions électriques dans la prochaine décennie (petit clin d’œil aux camions Tesla !), le gouvernement doit intensifier les investissements dans les mises à niveau mécaniques et les programmes de rénovation, qui sont déjà mis à disposition par les géants de l'automobile tels que Daimler, Volvo et Mercedes. Volvo a annoncé, dès 2019, l'électrification partielle ou complète de chacun de ses véhicules. Ce que nous pouvons attendre pour l'instant est d'avoir des revenus supplémentaires (de la fermeture de l'écart) réinvesti dans la R & D, l'avancement dans les moteurs à combustion, les matériaux légers et les améliorations aérodynamiques pour les grands véhicules alimentés par le diesel, ainsi que dans la promotion et l'éducation des propriétaires de véhicules sur les coûts réels environnementaux du diesel.

 

 

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